Chère Véronique,

Dans ta dernière lettre tu me demandes ce qu'est l'image sur la photo que je t'ai récemment envoyée. Il y a si peu de mot et tant à dire pour révéler ce qui est enfoui ici depuis très longtemps.
Cette roche est sortie des océans à un âge où la mère de nos mères n'enfantait pas encore. Elle a été façonnée pour la gloire à une époque où les femmes mettaient au monde des dieux sur cette île sacrée et à présent effacée de la mémoire.
Ce que je vais te dire est impénétrable à celui qui n'a pas gouté la terre ardente de ce lieu béni, pour qui n'a pas bu à la mer qui le porte ou noyé son regard dans la grâce des cieux qui l'accompagne. Mais je sais que toi tu pourras me comprendre car nés de la même glèbe que les briques à présent chancelantes et incertaines.

Ce que tu vois sur cette photo est une forme ; la forme est tout et tout est forme. Celle-ci est une volonté, farouche, insoumise, tendue vers le ciel dans le seul but d'accrocher au passage les rêves des femmes et des hommes qui osent encore. Les formes rêves sont les nuages filés par le vent vers là où ils se briseront et dissoudront pour être définitivement oubliés. Cet édifice bâti par nos mères est une forme amour dont les ravages du temps n'ont pas altérés l'inconsolable désir de protéger les songes, utopies et visions de ses enfants. Et ainsi de les sauver de la démence qui les conduit aujourd'hui.


Regarde... et dis moi si mes mots sont ceux d'un fou.
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