Histoires et Ailleurs.
     

Histoires et Ailleurs.

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Certains disent qu'ils vivent heureux, cachés dans un lieu oublié, d'autres disent qu'ils ont péri, la barque était trop fragile...
D'autres encore ne se rappellent plus, ou si peu,
ou ne veulent pas. Le crime est si grand.

Le ressac a brisé sur la grève toutes traces de leur départ, il a délavé la mémoire des évènements.
Trop d'espoir, trop de peur, trop de tout, l'oublie nous sauve de trop de chagrin.

Étrangement, la dernière tempête a déposé un cordage sur le rivage. Identique à celui qui les reliaient à la terre et à l'endroit où ils l'ont quitté.
Est-ce un signe, un présage ?
Qu'importe... lassé de croire j'ai cessé d'espérer.

Au rire des vagues qui se brisent sur les rochers me reviennent des sourires sur des visages encore incertains. Fragiles et précieux, les souvenirs sont le trésor qui rachète la faute.

Je rêve à nouveau, j'aime aussi.
La mémoire me revient.

Mardi 26/07
Le temps me manque car ma santé s'est étrangement dégradée ces derniers jours. Un cruel pressentiment m'enjoint à vous révéler aussi brièvement et précisément que possible d'anciens et terribles évènements que je tais depuis trop longtemps. Dans les années 60, jeune chercheur prometteur en épigénétique et en sciences comportementales et cognitives, je fûs discrètement invité par l'université de Saratov à mener des recherches dans une vague institution sur un sujet qui me semblait alors naïvement plein de promesses dans le domaine médical. Ce type de collaboration entre l'URSS et le bloc de l'ouest était très rare. Il fût possible grâce à Sofia jeune et brillante étudiante en anatomie comparée dont le père dirigeait l'institution de Saratov, et invitée officieusement en France par le Recteur de l'académie des sciences de L. Nous eûmes une relation amoureuse aussi passionnée que brève. Aujourd'hui, je ne peux m'empêcher de douter de la sincérité de ses sentiments d'alors tant l'horreur des objectifs inavoués et cachés des travaux, qui m'apparurent bien trop tardivement et auxquels j’apportai une contribution décisive, me font encore frémir.

vendredi 15/08
Je dois me presser d'aller à l'essentiel et vous révéler sans plus attendre la teneur des travaux que nous menions dans des laboratoires, dissimulées au public, de l'institution de Saratov.
Les champs combinées de l'épigénétique, la génétique, l'anatomie et les domaines de la cognition appliquées aux interactions entre l'animé et l'inanimé étaient au cœur des recherches; les découvertes et résultats théoriques obtenus furent extraordinaires et très stimulant. Il en fût tout autrement lorsque la nouvelle direction orienta les travaux vers des objectifs que je qualifierais de contre nature. A cette époque nous écumions les zoo, les cirques et tous lieux susceptibles de nous fournir des animaux morts récemment, puis devant le succès de nos expériences il nous fut ordonné de poursuivre nos essais sur des squelettes intacts. Ce fût à ce moment là que je sorti de ma torpeur et pris conscience de l'abomination à laquelle menaient nos recherches : par une manipulation perverse des structures épigénétiques des organes associés au fonctions cognitives recueillies dans les os du squelette d'un grand saurien, nous avions réussi à le doter de fonctions kinesthésique par mimétisme. En clair nous pouvions par un processus télépathique lui commander d'effectuer simultanément un mouvement que nous réalisions nous même. J'alertais alors la direction de l'institut du caractère profanatoire et impie de ce que nous avions réalisé et lui demandais de détruire tous les travaux. Devant les menaces extrêmes dont je fûs l'objet si je révélais l'existence de ces résultats , il ne me resta plus qu'à fuir en secret et rejoindre la France.
Avant de me sauver j'ai pu récupérer des images sur lesquelles je procédais aux derniers essais et qui attestent mes dires. Je ne sais si ces recherches ont continué et si c'est le cas n'ose pas imaginer à quoi elles ont abouties.
FS

Chère V.

Dans ta dernière lettre tu me demandes ce qu'est l'image sur la photo que je t'ai récemment envoyée. Il y a si peu de mot et tant à dire pour révéler ce qui est enfoui ici depuis très longtemps.
Cette roche est sortie des océans à un âge où la mère de nos mères n'enfantait pas encore. Elle a été façonnée pour la gloire à une époque où les femmes mettaient au monde des dieux sur cette île sacrée et à présent effacée de la mémoire.
Ce que je vais te dire est impénétrable à celui qui n'a pas gouté la terre ardente de ce lieu béni, pour qui n'a pas bu à la mer qui le porte ou noyé son regard dans la grâce des cieux qui l'accompagne. Mais je sais que toi tu pourras me comprendre car nés de la même glèbe que les briques à présent chancelantes et incertaines.

Ce que tu vois sur cette photo est une forme ; la forme est tout et tout est forme. Celle-ci est une volonté, farouche, insoumise, tendue vers le ciel dans le seul but d'accrocher au passage les rêves des femmes et des hommes qui osent encore. Les formes rêves sont les nuages filés par le vent vers là où ils se briseront et dissoudront pour être définitivement oubliés. Cet édifice bâti par nos mères est une forme amour dont les ravages du temps n'ont pas altérés l'inconsolable désir de protéger les songes, utopies et visions de ses enfants. Et ainsi de les sauver de la démence qui les conduit aujourd'hui.

Regarde... et dis moi si mes mots sont ceux d'un fou.